Book // Profession du père de Sorj Chalandon

Encore une découverte pour moi, je n’avais encore jamais ouvert un livre de Sorj Chalandon, cet ancien Grand Reporter et brillant journaliste. Et c’est donc en déambulant dans ma librairie préférée que j’ai été attirée par la quatrième de couverture de son septième roman : Profession du père. Rentrons tout de suite dans le vif du sujet !

Quatrième de couv’

img_8135Mon père disait qu’il avait été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet.

ça parle de quoi ?

Armand Choulans élève son fils à travers le seul prisme de ses folles affabulations, s’inventant mille et une vies et autant de professions. Chanteur aux Compagnons de la chanson, footballeur professionnel, professeur de judo, pasteur pentecôtiste, parachutiste, conseiller personnel de Charles de Gaulle ou encore agent secret. Déçu et trahi par le Général, il confie à son fils avoir choisi, au nom de l’Algérie française, de rejoindre l’OAS de Salan, Challe, Jouhaud et Zeller. Nous sommes en avril 1961, au lendemain du putsch des généraux. Et c’est en héros qu’Émile regarde alors son père, les pupilles brillantes d’admiration. Il est prêt à tout pour rejoindre à son tour les rangs des rebelles, acceptant les missions les plus insensées : comme aller écrire à la craie sur tous les murs de la ville des slogans pro-OAS ou courir poster en plein milieu de la nuit des lettres de menaces anonymes aux domiciles des « traîtres ».

La prison, pour un rebelle, c’est trois murs de trop

À travers cette relation père-fils, Sorj Chalandon se livre sans détour, laissant courir en toute sincérité sa plume confidente. Il nous introduit au cœur de cette cellule familiale, imprégnée de mensonges – ceux du père – et de non-dits – ceux d’une mère effacée, humiliée, écrasée. Sans haine ni rancune, l’écrivain « libère » un récit puissant et profondément personnel. Celui d’une enfance volée, dévorée par une folie destructrice. Folie qui, il l’avoue volontiers, aura eu le mérite de lui donner « le vice de la fiction ».

Mon avis

Sorj Chalandon a l’art d’exposer les faits, sans pathos. Son écriture simple et poétique, ses phrases courtes, l’aération du texte fait de nombreux dialogues donne au récit une grande force. Très vite, j’ai presque ressenti le besoin de prendre, moi aussi, un sirop contre l’asthme tant ma respiration devenait difficile. Car le rythme imposé par l’auteur ne peut laisser le lecteur indemne. Mais paradoxalement, c’est la fin du roman qui m’a le plus remuée. Cette douleur d’enfant que l’adulte revit est prégnante, comme le sont toutes les fêlures de jeunesse. Je salue ce texte sublime, à la fois cruel, fort, violent et pourtant tendre.

Note : 7,5/10

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