Book // HHhH et La Septième Fonction du Langage de Laurent Binet

Je vous présentais il y a quelques semaines ma pile à lire du moment, et après Petit Pays, je me suis attaquée à deux livres de Laurent Binet : HHhH et La Septième fonction du langage. Alors, si vous ne les avez pas encore lus, suivez-moi !

HHhH, de Laurent Binet (Prix Goncourt du premier roman 2010)

Ça parle de quoi ?

A Prague, en 1942, deux hommes ont pour mission d’en liquider un troisième, c’est l’opération Anthropoïde. Deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres sont chargés d’assassiner Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis, planificateur de la solution finale, « le bourreau », « la bête blonde », « l’homme le plus dangereux du IIIe Reich ». Heydrich était le chef d’Eichmann et le bras droit d’Himmler, mais chez les SS, on l’appelait HHhH – Himmlers Hirn heiβt Heydrich – le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich.

En parallèle des préparatifs de l’attentat, une autre guerre se joue, celle que livre la fiction romanesque à la vérité historique. L’auteur, emporté par son sujet, doit résister à la tentation de romancer. Il faut bien, pourtant, mener l’histoire à son terme.

Mon avis

Laurent Binet revient sur cette journée du 27 mai 1942, dont le cours de l’Histoire a été renversé lorsque deux hommes ont tenté d’assassiner en plein jour, à Prague, Reinhard Heydrich, haut fonctionnaire nazi. L’auteur obsédé par cette histoire, remonte le fil de cette journée et revient des années en arrière : qui est ce Heydrich, ce petit garçon jadis moqué par ses camarades de classe, qui deviendra l’homme le plus dangereux du régime nazi ? Qui sont ces deux parachutistes qui ont été dépêchés depuis Londres pour mener à bien cette opération ? Pourquoi leur mitraillette s’est-elle enrayée lors de l’assaut ?

Le livre nous tient en haleine jusqu’à l’attaque finale et se lit comme une montée en tension inévitable (surtout quand on sait que quelques jours plus tard, Heydrich devait prendre ses nouvelles fonctions à Paris). Tous les personnages cités ont existé ou existent encore et tous les faits relatés ont été étudiés et vérifiés minutieusement.

Mon petit bémol concerne l’auteur lui-même qui est très présent dans la narration et n’hésite pas à se livrer souvent (très souvent). Alors c’est tantôt amusant (quand il revient sur des décisions de narration ou des descriptions pour en changer l’aspect), tantôt gênant (sur la fin il écrit une ligne par jour tellement la pression est forte pour lui…).

Malgré ce dernier point, j’ai trouvé l’histoire captivante et bien documentée, sans jamais tomber dans la simplicité ni l’ennui : à lire absolument !

Ma note : 8,5/10

La septième fonction du langage, de Laurent Binet (Prix Interallié 2015, Prix du roman Fnac 2015)

Ça parle de quoi ?

Au sortir d’un déjeuner avec François Mitterrand, le grand sémiologue Roland Barthes est renversé par une camionnette le 25 février 1980 à Paris. Il en mourra un mois plus tard à l’âge de 64 ans.

Et si c’était plus qu’un stupide accident de la route ? Si c’était un assassinat ? Il semblerait qu’il était alors en possession d’un document inédit du linguiste Jakobson présentant une secrète fonction du langage. Celui qui maîtriserait cette fonction pourrait persuader n’importe qui de faire n’importe quoi : quel outil remarquable pour une campagne électorale !

Mon avis

Il y a d’abord un plaisir manifeste à replonger dans l’époque de la French Theory et à voir revivre ces grands penseurs des années 70/80 qui étaient écoutés, lus et commentés dans le monde entier. Plaisir partagé donc avec Laurent Binet dont on ressent l’admiration page après page pour ces gens – et le monde universitaire en général.

En démarrant son livre à l’accident de Barthes, Laurent Binet saisit également le moment où cette émulation intellectuelle commence son déclin. Après Barthes ce sera Lacan, puis Foucault, Deleuze qui mourront les années suivantes, nous laissant seuls avec BHL.

Le roman s’organise comme un polar où deux enquêteurs vont se mettre à la recherche dudit manuscrit et chaque partie du livre est l’occasion de visiter des villes différentes : Paris, Bologne, Ithasca, Venise et Naples.

Puis, passée la première partie du livre, on commence à douter du style adopté par l’auteur : alternance du discours universitaire et vulgarité, grosses ficelles, personnages caricaturaux… il semble être pris au piège de sa propre ambition.

Malgré ce bémol, je pense que si vous aimez la littérature de haute volée, la linguistique et le style polar, vous trouverez ici une combinaison intéressante.

Ma note : 7/10

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